La violence la plus silencieuse : celle qui s’exerce dans le foyer
Quand on parle de violence faite aux femmes, l’imaginaire collectif évoque souvent des agressions dans l’espace public, commises par des inconnus. Pourtant, la réalité est tout autre. La première des violences subies par les femmes se déroule dans un lieu que l’on croit – à tort – sécurisant : le foyer.
En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. Ce chiffre glaçant, publié chaque année par le ministère de l’Intérieur, ne traduit qu’une partie du problème : il s’agit des féminicides recensés. Des milliers d’autres femmes vivent au quotidien sous l’emprise, la peur, les humiliations, ou les coups.
En 2023, 444 700 victimes de violences physiques ont été enregistrées comme crimes ou délits, soit une augmentation de 7% par rapport à 2022. Plus de la moitié sont des victimes de violences intra-familiales :
96 700 victimes de violences physiques sont mineures
65 037 victimes de violences sexuelles sont mineures
244 000 victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur partenaire actuel ou passé sont majeures
85% des victimes sont des femmes
Les violences physiques faites aux hommes sont commises en dehors de la sphère familiale pour 69%. Tandis que cela se produit à 75% au sein du foyer pour les femmes.
(Source : Ministère de l’Intérieur / SSMSI : Service Statistique du ministère).
Un phénomène systémique, pas un fait divers
La violence conjugale n’est pas une série de faits isolés. C’est un phénomène systémique, profondément ancré dans des rapports de domination et des normes de genre encore très présentes dans nos sociétés. Elle peut prendre plusieurs formes : violence psychologique, verbale, économique, sexuelle, physique… Souvent, elle commence insidieusement, par des remarques, des interdictions, du contrôle, et s’intensifie progressivement jusqu’à l’irréparable.
Il est important de rappeler que la séparation ne signe pas la fin des violences. Au contraire, la période post-rupture est l’une des plus dangereuses pour les femmes victimes, notamment à cause de la perte de contrôle ressentie par l’auteur, qui peut déclencher des comportements extrêmes.
Rendre visible l’invisible
C’est dans cette perspective que s’inscrit le tableau que nous vous proposons. Il ne s’agit pas d’une simple illustration, mais d’un outil de sensibilisation : un support pour identifier les signaux d’alerte, souvent minimisés ou banalisés, afin d’encourager la vigilance collective.
Car reconnaître les signes de la violence, c’est la première étape pour la combattre. C’est aussi permettre aux victimes – ou à leur entourage – de poser des mots sur ce qu’elles vivent, de briser l’isolement, et d’amorcer un processus de mise en sécurité.
Agir collectivement
La lutte contre les violences conjugales ne peut reposer uniquement sur les victimes. C’est une responsabilité collective. Elle implique des politiques publiques ambitieuses, une formation des professionnel·les, des structures d’accueil renforcées, mais aussi un changement culturel profond dans notre rapport à l’amour, au couple, au consentement, et à la liberté.
Il est temps que les hommes cessent de brandir le « not all men », sortent du silence qui se fait complice, pour enfin regarder en face la réalité et devenir des alliés actifs dans la lutte contre les violences faites aux femmes.
En exposant ce tableau, nous faisons le choix de ne pas détourner le regard. De dire que ce qui se passe derrière les portes closes nous concerne toutes et tous. Et qu’en parler, c’est déjà commencer à agir.
Sachez repérer les signes avant-coureurs :